Steve Riley and the Mamou Playboys attirent les foules dans les dancehalls de leur
Louisiane natale et se produisent à guichets fermés dans des salles de spectacle à travers le
monde, tout en demeurant une figure de proue de leur culture par leurs innovations musicales.
Peu de groupes peuvent en dire autant. Portés par l'enthousiasme d'une poignée de
folkloristes académiques, c'est en 1988 qu'ils entament leur carrière sur les planches de
festivals folk internationaux. Ils se méritent une réputation de virtuoses et de dignes
héritiers, à la fois novateurs et fidèles aux trésors reçus des mains de leurs mentors. Dewey
Balfa, Aldus Roger, Belton Richard: bien plus que de simples noms énumérés sur une pochette
de disque, ces musiciens légendaires sont les professeurs, collègues et amis des Playboys.
Les Cadiens savent résister obstinément au changement, ce qui a permis à leur culture de
survivre aux assauts d'influences populaires. Ils constituent donc un public exigeant que les
Mamou Playboys incitent au dialogue par leurs idées originales.Toujours prêts à relever des
défis, les Playboys n'ont jamais délaissé leurs fans de la première heure; au contraire, ils
continuent de gagner l'admiration d'un public grandissant en les entraînant sans cesse dans
de nouvelles aventures musicales. Le pari est gagné, comme en témoignent les nombreux
amateurs fidèles du groupe. Partout où passent, les Playboys, on retrouve des pistes de danse
bondées et des murs qui vibrent littéralement sous l'effet de leurs rythmes séduisants. Cette
nouvelle musique cadienne est un reflet de leur identité, elle est intimement liée aux lieux,
à l'histoire, à la langue et aux gènes dont ils sont issus.
Le huitième disque du groupe crée une nouvelle fenêtre dans l'univers cadien du 21e
siècle. Sur "Happytown" (Rounder Records), les époques se confondent. On y retrouve tour à
tour la poésie d'un esclave créole servie avec émotion par une guitare électrique franche et
sinueuse, les soupirs de deux violons en tandem qui chuchottent tendrement à l'oreille, des
boucles de percussion et des échantillonnages de chants noirs "juré" datant des années
trente, et la fièvre enivrante de l'accordéon diatonique qui bat son plein. Le disque
comprend des enregistrements acoustiques réalisés sur les berges du bassin de l'Atchafalaya,
et les chansons abordent des sujets tels que la tendresse d'un amour interdit ou la brutalité
d'une bagarre nocturne, le tout chanté en français cadien. Plus qu'un simple trait-d'union
entre musique ethnique et rock générique, "Happytown" se démarque des imitations de vieux
enregistrements cadiens et transporte le groupe vers un nouvel univers d'expression réelle,
porteur de leur mémoire collective dans le présent et vers l'avenir.
Les Playboys sont un produit de la riche histoire culturelle de la Louisiane. Les
Acadiens, arrivés au Nouveau Monde au 17e siècle et déportés de leur patrie en 1755, ont
surmonté de nombreux obstacles Après de longues années d'errance, plusieurs d'entre eux ont
trouvé leur terre promise dans les bayous et les prairies de la Louisiane. Depuis leur
arrivée, leur culture s'est épanouie tout en absorbant les influences de leurs voisins
afro-antillais, allemands, amérindiens et même irlandais et écossais. C'est ainsi que les
Acadiens de la Louisiane sont devenus "Cadiens" ou "Cajuns". La musique cadienne représente
sans aucun doute la plus importante manifestation de ce mélange. Résistant aux énormes
pressions d'assimilation à la culture américaine du 20e siècle, le sud de la Louisiane
continue d'intégrer de nombreuses influences sans toutefois renoncer à son identité. Par
exemple, on voit de plus en plus de musiciens cadiens succomber aux charmes de la musique
dite zarico (ou zydeco), c'est-à-dire la musique de leurs voisins créoles noirs francophones.
C'est aussi aux musiciens cadiens que l'on doit la musique "swamp pop", qui se rapproche du
rock and roll.
Pas surprenant donc que les Mamou Playboys privilégient la diversité. Nourris par la
grande richesse des multiples styles musicaux que l'on retrouve en Louisiane, ils offrent à
leur auditoire un long périple des plus enrichissants. En plus de s'illustrer comme chanteur,
Steve Riley navigue aisément entre trois différents accordéons, un violon, une guitare ou une
basse. David Greely, armé de son violon, d'un saxophone ténor ou d'une guitare, explore dans
ses chansons aussi bien les épreuves d'un siècle passé que la fête de samedi soir dernier.
Sam Broussard, guitariste et membre le plus récent du groupe, ne connaît aucune frontière. Il
nous offre des harmonies vocales planantes et nous mène dans des excursions sans limites,
gracieuseté de sa Telecaster. Kevin Dugas à la batterie et Blaine Gaspard à la basse
électrique chauffent la locomotive et assurent la parfaite cohésion de tous ses éléments.Tant
de richesses musicales, tant d'histoires à raconter, Steve Riley and the Mamou Playboys sont
tout sauf monotones! La grande variété qui caractérise chaque spectacle de ce groupe suffit à
faire taire les critiques qui reprochent à la musique cadienne d'être "toujours pareille".
On a affaire à un groupe louisianais issu du littoral du Golfe du Mexique, au sud du Sud.
Leur musique déborde de sonorités émouvantes, diverses, voire exotiques.